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La Gonette : monnaie locale de la région lyonnaise pour l’engagement citoyen

Impression ForumPublié le 28 novembre 2017 

Lancée en 2015, la monnaie locale de Lyon et de ses environs a construit en deux ans un réseau de 1600 adhérents-utilisateurs et 280 partenaires professionnels (commerces mais aussi entreprises BtoB). Une gonette équivaut à un euro et 100 000 gonettes sont en circulation.

Constituer un grand réseau d’acteurs

« Le défi, au lancement d’une monnaie locale, est de créer un réseau d’utilisateurs et de professionnels rapidement », explique Nicolat Briet, pilote du pôle citoyens de La Gonette : « Il faut que les personnes puissent avoir rapidement un large panel de lieux où payer en gonettes et que les professionnels aient rapidement un nombre suffisant de clients utilisant la Gonette pour que les échanges fonctionnent. » Deux ans après la création de la monnaie locale, il ne cache pas sa satisfaction : « Nous avons relevé ces deux défis : 280 professionnels en deux ans, c’est une prouesse, qui doit beaucoup à l’implication de nos nombreux bénévoles. »

Afin que les professionnels adhèrent au réseau, le principal levier à activer est celui de la bonne connaissance du système : « Ils craignent souvent de ne pas pouvoir dépenser les gonettes qu’ils auront reçues », raconte Nicolas Briet. C’est la raison pour laquelle La Gonette a constitué un Annuaire qui regroupe spécifiquement les services aux professionnels payables en gonettes : ce sont par exemple des comptables, imprimeurs, et même un fournisseur d’électricité, qui acceptent la monnaie locale. Un réseau qui évolue rapidement : en moyenne, deux nouveaux professionnels intègrent le réseau chaque semaine. La Gonette facilite également l’interconnaissance des acteurs : « En 2017, nous avons lancé des rencontres Afterwork régulières pour que les professionnels du réseau se présentent, réseautent entre eux et connaissent mieux toute l’offre payable en gonettes. » Le développement du réseau est primordial pour multiplier les transactions en circuits courts Circuits Courts Définition du concept de circuits courts .

Correspondre aux usages des particuliers

« Nous menons régulièrement des enquêtes auprès de nos adhérents pour savoir quels biens et services ils voudraient pouvoir payer en gonnettes. » Les demandes privilégient le secteur de l’alimentaire – qui représente un tiers du réseau – mais aussi celui de la culture : ainsi, il est aujourd’hui possible de payer sa place de cinéma en gonettes dans un cinéma de Villeurbanne.

Les enquêtes permettent aussi de concevoir les évolutions possibles : en 2017, 80% des gonettes étaient dépensées dans l’alimentaire, à commencer par les épiceries. Pour que celles-ci puissent faire circuler au mieux les sommes en gonettes reçues, « il y a un enjeu important à remonter la filière : nous allons accompagner les épiceries pour cela, en permettant à leurs fournisseurs d’entrer dans la chaîne de paiement en gonettes », explique Nicolas Briet.

La Gonette est membre du Mouvement Sol, qui œuvre pour une appropriation citoyenne de la monnaie. Avec une quinzaine d’autres monnaies locales, la Gonette explore les possibilités du numérique : cartes de paiement (comme l’a mis en place l’Eusko), applis mobiles qui permettent de payer de façon dématérialisée… Autant de moyens pour faciliter l’usage de la monnaie locale : « Il suffit que je sois dans un commerce qui accepte les gonettes mais que je n’aie pas de billets sur moi : le paiement dématérialisé permet de payer en gonettes tout de même. Nous sommes de plus en plus habitués à ne pas payer en liquide : c’est important que cette option existe aussi pour La Gonette, même si cela demeure complémentaire aux billets et ne les fera pas disparaître. » L’autre enjeu est de permettre des paiements plus importants (aujourd’hui, la plupart des transactions se situent entre 15 et 40 gonettes) : par exemple, les professionnels pourront ainsi payer des prestations à d’autres professionnels numériquement.

Renforcer les liens avec les acteurs publics

La Mairie du 1e arrondissement de Lyon, où se situe le local de la Gonette, est devenue adhérente en 2017. Cette adhésion est importante : la Mairie paie une cotisation au prorata du nombre d’habitants et donc contribue au financement de l’association Association Définition , mais surtout elle devient membre du réseau. On pourrait donc faire ses paiements en gonettes à la Mairie du 1e : par exemple pour une location de salle.

Une logique de Nicolas Briet voudrait étendre : « Aujourd’hui, les acteurs publics peuvent recevoir des paiements en monnaie locale… mais ils n’ont pas le droit d’effectuer des paiements avec ! Nous souhaitons que le Trésor public accepte aussi ces paiements : les pouvoirs publics pourraient verser une partie de leurs subventions en monnaie locale, ainsi qu’une partie des aides sociales, et même avoir des politiques incitatives. Imaginez les personnes qui amènent leurs déchets organiques au compost : elles pourraient être encouragées dans ces pratiques avec une petite prime à chaque dizaine de kilos de compost, et cette prime serait versée en monnaie locale. » Les acteurs publics pourraient même payer une partie des salaires de leurs employés en monnaie locale, une pratique qui existe déjà chez certains employeurs privés adhérents à la Gonette.

Se réapproprier la monnaie… et bien plus !

En plus du développement de la monnaie locale proprement dite, La Gonette organise aussi des temps de rencontres conviviaux pour les adhérents : ateliers manuels et créatifs, autour des enjeux environnementaux, comme des ateliers de fabrication de savon « maison ». L’atelier permet à chaque fois de faire connaître un adhérent professionnel du réseau. Les adhérents particuliers peuvent créer des liens entre eux et constituer une véritable communauté, tout en apprenant un nouveau savoir-faire.

« On travaille sur l’empowerment : La Gonette, c’est se réapproprier la monnaie, mais aussi se réapproprier d’autres choses, comme des compétences », explique Nicolas Briet. Pour le premier volet, La Gonette présente l’enjeu de façon très simple : aujourd’hui, seuls 2% des transactions relèvent de l’économie réelle, c’est-à-dire de flux monétaires qui sont des paiements de biens ou de services. Les 98% restants sont des transactions sur les marchés financiers (dont seulement 4% servent à financer l’appareil de production pour l’économie réelle.) Développer ces 2% à travers une monnaie locale, c’est relocaliser l’économie, développer des circuits courts reposant sur la transparence, l’équité, la coopération et le lien social. Une économie qui soit au service d’un tissu social dynamisé, construit sur des temps d’échanges citoyens. Si La Gonette est un outil, son enjeu va bien au-delà du paiement, pour promouvoir une autre façon de vivre ensemble.

Crédit photos : La Gonette

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