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La finance solidaire, permaculture des territoires ?

Impression ForumPublié le 9 mars 2017 

Une tribune de Yaël Zlotowski, Directrice Générale de la Caisse Solidaire

Quand j’ai découvert le concept de permaculture, j’ai été émerveillée à la fois par sa simplicité et sa puissance. Fondée sur une complémentarité élémentaire et rationnelle, pas forcément évidente mais bien pensée des organismes composant alors un système : voilà une forme d’innovation réjouissante !

Engagée professionnellement dans la finance solidaire depuis près de quinze ans, je ne peux m’empêcher d’y voir le parallèle appliqué au système financier. Et une parfaite illustration de ce qui fait la force d’un circuit court sur un territoire donné : un mode d’action prenant en compte la diversité d’un écosystème, économe, respectueux des parties prenantes, contribuant à plus d’autonomie, à plus de durabilité, et à plus de résilience.

Je dirige depuis 5 ans un petit établissement bancaire coopératif, la Caisse Solidaire, qui démontre chaque jour l’intérêt pour le système bancaire d’avoir recours à plus petit que soi, plus agile, plus engagé, prenant plus de risque.
A l’instar des « plantes compagnes » en permaculture, cette présence, parfois visible parfois dans l’ombre des financeurs classiques, contribue à l’équilibre d’un écosystème financier agissant efficacement au service des entrepreneur(e)s des territoires, notamment lorsqu’ils ont des profils plus atypiques ou plus fragiles, des modèles d’entreprises moins standards, ou qu’ils rencontrent des situations compliquées.

C’est là toute la raison d’être de la finance solidaire et des réseaux d’accompagnement créés pour certains il y a plus de trente ans, et qui ont tous connu un fort développement, démontrant leur utilité, tels l’ADIE, France Active, Initiative France, ou les Boutiques de Gestion. L’enjeu est de faciliter l’accès au financement et à l’initiative entrepreneuriale sur un territoire, en associant de façon pragmatique des expertises complémentaires.

Le Labo de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
a ainsi relancé début 2016 un groupe de travail, dont il m’a confié la présidence, sur le thème « Banques et Territoires », afin de creuser les enjeux d’amélioration de l’efficacité du financement bancaire dans les territoires, en partant du constat qu’il existe des projets porteurs d’utilité et de cohésion sociale qui sont trop peu ou mal financés. Ces projets sont souvent de petite taille, mais sont représentatifs d’une réelle diversité entrepreneuriale, et d’une vitalité porteuse d’avenir pour les territoires : renouveau des quartiers par la création sur place de services et d’emplois, innovation environnementale et sociale, maintien d’activités dans des zones fragiles…

En nous appuyant sur une expérimentation menée en Franche-Comté ainsi que sur une quinzaine d’initiatives inspirantes (à lire dans la publication à paraître le 27 mars), en articulant financement et accompagnement des entrepreneurs de TPE et de l’ESS, nous avons mis en avant des solutions concrètes portées par des réseaux bancaires, des organismes d’accompagnement et de financement solidaire, des collectivités locales…

Douze propositions émergent de ces réflexions, construites autour de trois axes :

  • Mieux faire connaître et promouvoir les organismes financiers et d’accompagnement solidaire.
  • Pérenniser le financement des réseaux d’accompagnement.
  • Développer des outils de suivi et de mesure d’impact au service des projets de l’économie sociale et solidaire

La note, est complétée d’un cahier d’initiatives inspirantes, consultable en ligne et évolutif, et qui incite à l’essaimage, la réplication, l’appropriation, la transformation… Chaque territoire développe à partir de ses particularités, ses spécificités, sa propre alchimie, ses écosystèmes, et la finance solidaire est partie intégrante de cette permaculture du financement.

Au terme d’un an d’échanges, nous présenterons ces travaux lors d’une rencontre organisée le 27 mars prochain à la Banque de France.

Commentaires

  • Excellent, j’adhère à cette réflexion, beau travail. Dommage que j’habite si loin de la Banque de France ! Par ailleurs je suis membre du C.A. du Crédit Coopératif à Nanterre, ainsi que du réseau des Boutiques de Gestion à Lille et je préside une association Association Définition qui innove dans le social et l’insertion, à Manosque.
    Cordialement à vous.

  • Merci !
    Cette reprise en main de la finance est primordiale.
    Si nous considérons que nous sommes gravement embourbés dans une crise des valeurs, et que le pouvoir de décider de changer nous est confisqué par un système financier devenu culturellement omnipotent, c’est effectivement de cette façon que notre civilisation peut se donner les moyens d’entrer en phase de transition.
    Elle nous permet de nous reconnecter aux ressources que nous produisons, protégeons, en toute transparence, mais aussi de ne plus nous laisser confisquer ce débat sur les valeurs, sur la question du sens.
    C’est ainsi que la finance me semble avoir depuis toujours un visage économique (gestion et contrôle de l’usages des ressources...) mais aussi éminemment politique ou culturel. Un double visage que la finance mondialisée ne pourra jamais assumer en toute transparence, faute d’apparaitre au grand jour comme totalement incompatible avec la démocratie, puisqu’elle a le pouvoir de décider de soutenir telle ou telle valeur (et en l’occurence de piétiner les droits de l’hommes sans vergogne lorsque la perspective de rentabilité financière, souvent court termiste, est potentiellement ralentie ou menacée).
    C’est’homme au service de la finance (et des cercles financiers surtout !), ou la finance au service de cette cause majeure : l’homme et son environnement vital, la planète.
    Cette élection présidentielle nous met face à ce choix.

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