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ESS et création de valeur

 

L’étude « ESS et création de valeur : une approche prospective de la mesure d’impact » est co-pilotée par le Labo de l’ESS, l’Avise et la Fonda. La première phase, portée par l’Avise, a permis de dégager les caractéristiques, les avantages et les limites des démarches de mesure d’impact existantes. La deuxième phase, coordonnées par la Fonda, a proposé une analyse des formes émergentes de création de valeur sociale à travers la « transformation des chaînes de valeur ». En juin 2018, le Labo de l’ESS entame la troisième phase de l’étude, dont le but est d’élaborer des pistes pour le renouvellement de la mesure d’impact et de contribuer à changer la façon dont le monde de l’ESS approche les enjeux de l’évaluation.

Première phase : Impact social et notion de valeur

Reprenant la définition de l’évaluation de l’impact social donnée par le Conseil supérieur de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
, la première publication issue de l’étude, « La mesure de l’impact social : caractéristiques, avantages et limites des démarches existantes », présente l’impact social sous la forme d’une « chaîne d’analyse de valeur ». Elle précise que l’évaluation doit également prendre en compte les interactions avec l’environnement externe et les dynamiques rétroactives, non représentées dans le schéma linéaire de la chaîne d’analyse de valeur ; par ailleurs, le mode d’action et de fonctionnement doivent également être pris en compte, pour rendre compte des spécificités des acteurs de l’ESS.

Cette première analyse fait apparaître la notion centrale de « valeur », et plus précisément de « valeur sociale », qui est multidimensionnelle et à ce titre ne peut être appréhendée qu’à partir d’une « situation de valorisation ». La situation de valorisation est une négociation : la valeur de l’action de la structure ne peut être objectivée que dans un accord entre la valeur constatée par les bénéficiaires, les apports et leurs conséquences observés par les partenaires et la contribution que la structure estime apporter à l’écosystème territorial. La valeur sociale s’inscrit donc dans un système complexe, prenant en compte l’ensemble des parties prenantes et l’évolution dans le temps, et dont la situation de valorisation peut être analysée comme « chaîne de valeur étendue », c’est-à-dire partagée par les acteurs.

Deuxième phase : Transformation des chaînes de valeur

Dans la deuxième publication issue de l’étude, « Vers une approche de l’impact social », la notion centrale est celle de la « chaîne de valeur étendue », qui rend compte de la complexité d’une situation de valorisation partagée entre les diverses parties prenantes de l’action.
La création de valeur est analysée à partir de quatre caractéristiques :

  • La re-création de la valeur : il s’agit d’identifier les sources de valeur « dormantes ». En s’appuyant sur les sources de valeur inexploitées d’un territoire (à la manière de l’économie circulaire économie circulaire Définition qui cherche à valoriser les « rejets »), cette approche permet une vision plus systémique : la chaîne de valeur est « étendue » par cette vision globale.
  • La co-construction : il est question d’une création de valeur qui n’est jamais générée par un acteur seul, mais par une coopération d’acteurs. La chaîne de valeur est étendue aux parties prenantes et la valeur du projet repose sur la complémentarité des actions menées qui concourent à l’amélioration de l’ensemble de l’écosystème territorial.
  • La convention : créée en chaîne, la valeur se partage au long de celle-ci. La chaîne de valeur est partagée entre les différents acteurs, dans un partage équitable et à travers une reconnaissance commune de la convention de valeur.
  • L’investissement dans la création de valeur : l’investissement social ne doit pas être compris comme simple valorisation monétariste, mais au contraire étendre les enjeux de la chaîne de valeur de façon extramonétaire.

La particularité de la chaine de valeur du projet social est qu’elle ne génère par une marge mais régénère les ressources du bien commun : infrastructures publiques, bénévolat, ressources environnementales, codes sources, connaissances et expériences mises en commun… Autant de valeur commune à laquelle a contribué l’ensemble des acteurs de la chaîne.

Cette approche analytique a pour vocation d’être transformée en outil opérationnel qui puisse permettre une expérimentation sur le terrain.

Troisième phase : Pistes d’action pour renouveler la mesure d’impact social

La troisième phase de l’étude, portée par le Labo de l’ESS, a été lancée en juin 2018 et est en cours d’élaboration : professionnel.le.s de l’évaluation ou acteur.trice.s de terrain engagé.e.s dans ces démarches, vous pouvez y prendre part en nous envoyant vos contributions par écrit ou en venant participer aux réunions du groupe de travail.

Cette phase de l’étude a pour objectif de faciliter l’opérationnalité des concepts issus des réflexions précédentes et de permettre aux acteurs de l’ESS d’être fer de lance de ces enjeux. Parmi les constats de départ, il y a le fait que les derniers outils développés par un certain nombre d’investisseurs s’appuient sur des critères élargis, à la fois environnementaux, sociaux et de gouvernance Gouvernance Définition (ESG). La prise en compte de l’ensemble de ces dimensions permet d’avoir une vue élargie de son activité et renvoie à l’idée, que l’on trouve dans le premier rapport issu de l’étude, d’intégrer des modes d’action et de gouvernance dans l’évaluation. Le Labo a ainsi analysé des politiques de responsabilité sociale des entreprises (RSE RSE Responsabilité sociale des entreprises ) qui font appel à un discours de la preuve au travers d’une démarche systématique de l’évaluation de leurs impacts.

« L’étude explore entre autres la possibilité de renforcer le rôle de la mesure d’impact social comme outil d’amélioration dans un processus continu de gestion au sein d’une organisation, explique Jean-Denis Vaultier, responsable de l’étude au Labo de l’ESS : il faudrait éviter que la mesure d’impact social tombe comme un couperet à un instant T. » L’étude s’attache notamment à définir la notion de modèle d’impact, à savoir la façon dont une organisation prend en considération l’ensemble de ses impacts dans la réalisation de ses objectifs : ses impacts territoriaux, sociaux, sociétaux, environnementaux et de gouvernance. Le modèle d’impact serait dit basique s’il s’arrête à satisfaire la mission première. Il serait dit élargi dès lors que plusieurs impacts sont pris en compte avec la volonté de maximiser les impacts positifs et de réduire les impacts négatifs. Du modèle arrêté découlerait les actions qui seront engagées pour réaliser les objectifs.

Visant à identifier des pistes d’actions pour le renouvellement de la mesure d’impact social, l’étude a également pour objectif de reconnaître des pratiques nouvelles dans la démarche de mesure d’impact social. Pour les acteurs de l’ESS, il s’agit de donner des repères pour tirer pleinement profit d’une démarche d’évaluation et d’initier des réflexions quant aux moyens qui peuvent faciliter la conduite d’une démarche d’évaluation et de maîtrise des impacts. La publication issue de ce travail est prévue pour la fin de l’année 2018.

Aller plus loin :

Images : Chaîne d’analyse de valeur issue du Rapport « Mesure d’impact social : caractéristiques, avantages et limites des démarches existantes » ; Chaîne de valeur sociale issue du Rapport « Vers une nouvelle approche de l’impact social »

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