Le Labo de l’ESS est un think tank qui construit, par un travail collaboratif, des axes structurants de l’économie sociale et solidaire, à partir d’initiatives concrètes, innovantes et inspirantes issues des territoires.

Accueil > Nos thèmes de travail > Agriculture et alimentation durables

Agriculture et alimentation durables

 

L’intensification de l’agriculture après-guerre a entraîné une course à l’industrialisation du système agroalimentaire, un modèle qui dévoile aujourd’hui incontestablement ses limites en termes de production, de transformation, de distribution et de consommation. Le Labo de l’ESS a décidé d’engager une réflexion collective autour des grands enjeux de la transition agroécologique, en faisant le pari d’une coopération entre les différents acteurs qui puisse être une véritable force d’entraînement transformatrice, et en assumant le choix de se concentrer en priorité sur les territoires. Objet du cycle ProspectivESS de 2018, l’agriculture et l’alimentation durables seront également abordées lors de rencontres thématiques au cours de l’année et au-delà.

Agriculture et alimentation durables : de quoi parle-t-on ?

Si l’on prend en compte l’ensemble de la chaîne depuis la production agricole jusqu’au traitement des déchets alimentaires, il s’avère que l’agriculture et l’alimentation sont responsables de 36 % des émissions de gaz à effet de serre : c’est plus que les secteurs des transports ou du bâtiment. L’impact de l’ensemble des produits animaux représente 89% de ces émissions sur 86% des terres agricoles [1]. A cela s’ajoutent les autres impacts négatifs de l’agriculture intensive sur nos écosystèmes : pollution de l’eau et de la terre, appauvrissement du sol, problèmes de santé pour les producteurs, etc. Changer notre façon de produire et notre façon de consommer est donc essentiel pour atteindre nos objectifs environnementaux.

Comment réconcilier production agro-alimentaire et environnement ? Depuis les années 1970, de grands événements ont posé les jalons à suivre pour cheminer vers un développement plus soutenable : les sommets de la Terre de Stockholm, Nairobi, Rio, Johannesburg, Rio+20 et les différentes Conférences des parties sur le climat, jusqu’à l’Accord de Paris en 2015. En France, les Grenelle de l’Environnement 1 et 2 se sont saisis des enjeux agricoles et alimentaires. La Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, adoptée en 2014, propose l’agroécologie comme modèle général et les États généraux de l’Alimentation ont ouvert un vaste chantier, encore inachevé. Enfin, les thèmes de l’agriculture et de l’alimentation durables sont transverses à plusieurs « Objectifs de Développement Durable » (ODD) adoptés par les 193 États membres des Nations Unies : les ODD 2, 6, 12, 13, 14 et 17.

Agriculture et alimentation durables : quel rôle pour l’économie sociale et solidaire ?

La place des acteurs sociaux et solidaires est importante dans la production et la consommation et ils ont donc un poids important dans ce changement agroalimentaire. L’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
est largement représentée dans le secteur agricole puisque 75% des agriculteurs sont membres d’une coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. et que 40% du chiffre d’affaires de l’agro-alimentaire est d’origine coopérative en France. Les acteurs de l’ESS sont également présents aux autres maillons de la chaîne : préparation, transformation, distribution et consommation. On pensera au développement rapide des circuits courts Circuits Courts Définition du concept de circuits courts à travers les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP AMAP Une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) est un partenariat entre un groupe de consommateurs et un ou plusieurs producteurs locaux, reposant sur un contrat solidaire et fonctionnant en circuit court. ) ou les Jardins de Cocagne par exemple, à la création de véritables filières agroalimentaires territoriales par des pôles de coopération économiques comme Bou’sol ou la Bio pour tous, à la distribution coopérative de Biocoop ou encore aux supermarchés coopératifs comme La LouveCe sont ces acteurs qui portent les innovations majeures qui permettront de faire changer d’échelle la transformation agroalimentaire.

L’autre enjeu essentiel du secteur agroalimentaire pour l’ESS se situe du côté des inégalités face à la consommation : alors que l’on estime que 30% de l’alimentation humaine est gaspillée [2], alors qu’une partie de la population dans certains pays du globe souffrent encore de la faim, alors que les inégalités sociales sont aussi des inégalités devant la « malbouffe », les acteurs de l’ESS sont, du fait de leurs valeurs et de leur caractère innovant, ceux qui sont les plus à même de pouvoir proposer des solutions pour mettre fin à ces inégalités.

Le travail du Labo de l’ESS sur la transition agroécologique

Le think tank de l’économie sociale et solidaire a investi la thématique de travail en 2017 et a notamment participé au groupe de travail n°11 des Etats Généraux de l’Alimentation : « Réussir la transition écologique et solidaire de notre agriculture en promouvant une alimentation durable », dont la fiche de synthèse peut être consultée en ligne.

En 2018, « Agriculture et alimentation » devient le thème du cycle annuel ProspectivESS, qui permet d’explorer une thématique d’actualité sous la forme d’un premier séminaire d’experts, organisé au printemps, puis d’une rencontre publique ouverte pour développer les problématiques qui ont émergées lors du premier temps de rencontre. Le séminaire d’avril 2018 a permis de dégager des pistes de travail sur plusieurs axes :

  • Relocaliser l’agriculture (en développant les terres maraîchères en zone urbaines et les jardins partagés, en assurant des acquisitions foncières par les collectivités pour un approvisionnement de proximité, en privilégiant les baux ruraux à clauses environnementales, en favorisant l’achat de terres agricoles par le biais de l’épargne citoyenne via Terre de Liens, en créant des infrastructures logistiques qui prennent en compte les besoins des producteurs régionaux avec de petits volumes de production, etc.)
  • Favoriser l’installation de nouveaux agriculteurs (en promouvant par exemple les coopératives d’activité et d’emploi du réseau Reneta, les coopératives d’installation en agriculture paysanne – CIAP, dont l’accompagnement sous forme de « stages paysans créatifs », en assurant un portage temporaire pour financer les premiers investissements, en développant le bail à domaine congéable, etc.)
  • Soutenir la transition vers des filières agroécologiques (en favorisant la reconversion des agriculteurs par la création d’un revenu spécial, en utilisant les closes des marchés publics pour favoriser l’approvisionnement des établissements en produits bio et/ou locaux , en organisant d’une part des transferts de compétences entre réseaux ayant fait leurs preuves et initiatives émergeantes, d’autre part des échanges-actions avec des chercheurs, etc.)
  • Promouvoir un autre mode de consommation (en favorisant l’alimentation bio dans la restauration collective publique et privée, en informant les enfants dès l’école primaire sur les enjeux de santé liés à l’alimentation, en accompagnant et en formant les citoyens à d’autres habitudes alimentaires, en les aidant à mieux comprendre l’impact de leurs achats alimentaires, etc.)
  • Renforcer la gouvernance Gouvernance Définition des territoires (en organisant une gouvernance participative entre tous les acteurs, en généralisant la création de pôles territoriaux de coopération économiques ou de projets alimentaires territoriaux –PAT – pour l’animation de la transformation agricole des territoires)
  • Améliorer l’opérationnalité des coopérations et collaborations (en favorisant les statuts qui disposent ou disposeraient de certains avantages comme les groupements d’intérêt économique et environnemental, les Scop SCOP Société coopérative et participative , les CUMA, les SCIC SCIC Société Coopérative d’Intérêt Collectif , les CIVAM, les PTCE PTCE Pôles territoriaux de coopération économique. , en créant des pôles de logistique inter-opérateurs pour mutualiser des produits et des moyens, en travaillant sur la R&D en innovation technologique et sociale, etc.)
  • Financer les projets (en œuvrant pour un projet de loi complétant les compétences des communautés de communes pour permettre aux petits acteurs territoriaux de se saisir des financements européens, en créant des fonds dédiés à la transition alimentaire, en incitant les acteurs du secteur à utiliser les plateformes de crowdfunding Crowdfunding Littéralement, signifie "Financement par la foule" ; traduit en français par "finance participative". spécialisées, en développant une ingénierie financière pour leur permettre de solliciter les financements les plus adaptés, etc.)
  • Mesurer l’impact de la transition agroécologique dans les territoires (en reconnaissant et en rémunérant les services rendus par les filières agroécologiques notamment dans la PAC, en adoptant un mode de comptabilité prenant en compte d’autres indicateurs que le capital financier, etc.)

Toutes ces propositions sont à retrouver en conclusion de la publication Agriculture et alimentation durables : compte-rendu du premier temps de rencontre...

Pour cette année autour de l’agriculture et de l’alimentation, la ProspectivESS est complétée d’une rencontre de construction de désaccord, dont le but est de faire se rencontrer les acteurs de l’industrie agro-alimentaire, des circuits courts, de l’agriculture conventionnelle, de la bio, de la production, de la distribution, etc. Cet atelier de désaccord, intitulé « Agriculture et santé : que doit-on croire ? », a pour objectif de déconstruire les avis opposés, souvent issus de mécompréhensions et de préjugés. Dominique Picard, présidente du thème de travail « Agriculture et alimentation durables » du Labo de l’ESS, intervient également en septembre 2018 au Forum Convergences sur « Comment changer les comportements des citoyens vers une alimentation saine et durable ? ».

La rencontre publique « ProspectivESS : Alimentation et agriculture durables » aura lieu le 15 novembre 2018 au Carreau du Temple (Paris 3e) : pour en savoir plus et y assister, rendez-vous sur la page de l’événement...

Aller plus loin :


[1Solagro in Afterres 2050

[2Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture - FAO

Nous suivre