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La co-construction pour accompagner les entreprises solidaires brésiliennes - janvier 2014

Impression ForumPublié le 27 janvier 2014 

Au Brésil, on peut voir depuis vingt ans le développement de structures universitaires innovantes dans leurs formes comme dans leurs buts. Ce sont des incubateurs d’initiatives populaires rattachées à l’économie solidaire. Le terreau fertile qui permettra à des petites entreprises de se développer et d’envisager un futur pérenne.
Ana Dubeux, professeure en Sciences de l’Education à l’Université Fédérale Rurale de Pernambuco (Etat du Nord-Est du Brésil) et titulaire d’un doctorat de Sociologie, a participé à la création d’un incubateur. Elle nous livre les clés de la réussite de ces structures d’accompagnement.

Les différences entre l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
à la française et son homologue brésilienne

Les termes consacrés au Brésil ne sont pas les mêmes que dans l’hexagone et nous renseignent sur ce champ bien spécifique. On peut dénombrer deux secteurs :

  • le monde coopératif. Il est relativement similaire d’un pays à un autre. Le statut coopératif, s’il peut varier selon les secteurs où il s’applique (consommation, production, banques, etc.), conserve néanmoins quelques grandes caractéristiques : ses valeurs et principes énoncés par l’Alliance Coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. Internationale (ACI) en 1895. Le représentant de ce champ est l’Organisation Coopérative du Brésil (OCB).
  • l’Economie Populaire et Solidaire (EPS). Elle naît de l’Economie Populaire qui s’est développée en réponse à la longue crise qu’a connue le pays dans les années 80 et 90. Les taux de chômage et d’inflation à plusieurs chiffres poussent de plus en plus de personnes dans la précarité. Pour contrer cette spirale, de nombreuses initiatives populaires voient le jour dans divers secteurs de la production et de la consommation. Elles peuvent être le fruit de l’organisation des habitants d’un quartier, d’un village, ou encore d’une collaboration avec les syndicats voire avec certaines institutions religieuses, entre autres.

Cette Economie Populaire et Solidaire se définit donc par l’émergence d’entreprises qui cherchent de nouveaux marchés (formels ou informels), souvent circonscrites dans des relations non marchandes (échanges, trocs, production artisanale, récupération, etc.). Nous pouvons la rapprocher de l’économie solidaire en France

Qu’est-ce qu’un incubateur solidaire ?

Les incubateurs brésiliens peuvent faire intervenir les trois acteurs qui organisent l’EPS :

  • les Entreprises d’Economie Solidaire (EES). Ce sont les initiatives qui bénéficieront de l’accompagnement.
  • Les organismes d’appui. De nombreuses structures peuvent soutenir les initiatives en fonction du secteur où elles opèrent : l’Université, les ONG, les Syndicats, les EES qui ont bénéficié d’un appui dans le passé et qui peuvent effectuer un transfert de compétences.
  • Les Pouvoirs Publics. Les incubateurs se situent dans une logique de co-construction avec les collectivités. Trois cent villes ont déjà mis en place des politiques publiques en destination de l’Economie Solidaire.

Ces organismes d’appui développent les EES dans une logique de développement territorial. Certains ont misé sur un essaimage en s’appuyant sur des filières. En développant de nouveaux liens de coopération, ils construisent des secteurs depuis la production jusqu’à la consommation. Cette approche par réseau permet de stabiliser des entreprises au sein d’un champ dont les éléments populaires et solidaires assurent la cohésion.

Pour Ana Dubeux, les incubateurs sont des laboratoires vivants d’articulation entre trois composantes :

  • l’enseignement, la formation.
  • la recherche-action, c’est-à-dire l’enrichissement mutuel d’un échange entre théorie et pratique. Cette forme permet de produire des techniques et méthodologies réutilisables, une forme de modélisation des pratiques.
  • l’extension ou le service à la collectivité. C’est l’ouverture de l’Université qui cherche à créer de nouvelles passerelles avec la société civile, dans un esprit de décloisonnement de la connaissance. C’est une conception participative et inclusive de l’intervention sociale.

Le moteur de ces incubateurs est la consolidation des technologies sociales innovantes, fruits de la confrontation entre savoir scientifique et savoir populaire. Cette interaction représente des solutions réelles de transformation sociale.

Ana Dubeux a participé à l’élaboration de l’incubateur de Pernambuco, en 1999. Ce dernier s’attache au développement de deux filières, celles du plastique et de l’agriculture familiale. La première fait intervenir les "catadores" (personnes qui récupères les déchets plastiques, souvent dans des conditions précaires et insalubres, comme les "cartoneros" qui collectent les déchets cartons en Argentine) font partie d’une filière qui comprend la récupération du plastique, le recyclage, l’élaboration de nouveaux produit, la distribution.

L’émergence des incubateurs

Ils sont destinés à l’Economie Populaire et Solidaire. C’est l’Université de Rio de Janeiro et plus spécifiquement la faculté d’ingénierie qui a commencé à mettre en place un incubateur dédié à ces entreprises solidaires, en 1995. Il s’est construit sur le modèle traditionnel d’incubation de start-ups dans le domaine des NTIC. Cette expérimentation se heurte à la pratique : un incubateur classique ne peut s’adapter aux conditions particulières de cet entrepreneuriat populaire. L’université décide d’innover dans sa méthodologie pour que l’incubateur et l’initiative d’économie populaire solidaire s’ajustent dans leur relation, suivant une logique de recherche action.

Cette expérimentation est très concluante et apporte des solutions concrètes pour développer ces activités : mise en réseau, formations dans la gestion de l’entreprise, transmission du savoir et des expériences passées, etc. La réussite de ces structures favorise leur développement. Dès 1998 un Programme national d’appui aux incubateurs voit le jour (PRONINC). L’année suivante, les incubateurs qui sont disséminés dans tout le pays forment un réseau. En 2010, le PRONINC acquiert une reconnaissance institutionnelle. En 2014, à peine vingt ans après la naissance du premier incubateur, le pays en compte quatre-vingt. Cet archipel d’acteurs entend promouvoir un travail décent aux côtés des personnes éloignées de l’emploi stable.

Les prochains défis

L’activité de ces organismes a évolué. Au départ, ils apportaient un appui nécessaire pour voir une activité se développer dans le long terme. Depuis peu, les incubateurs, conscients de leur importance, se voient davantage comme des outils de transformation sociale où tous les acteurs participent, de la conception jusqu’à l’action. Cela s’inscrit dans un processus qui promeut l’ouverture de l’université sur la société. Ces initiatives sont relativement soutenues par les pouvoirs publics : ils financent les formations destinées aux entrepreneurs mais le secteur peine à voir des politiques publiques plus larges.

Les principaux enjeux liés au développement de ce secteur sont :

  • la difficulté de trouver des ressources, du fait de l’absence de financement public et de l’investissement privé.
  • le manque de professionnalisation. Pour parer à ce déficit, les universités créent des cycles afin d’augmenter le nombre de formateurs. Ceux-là sont toutefois encore trop peu reconnus.
  • comme dans de nombreux pays, l’Economie Solidaire souffre d’une faible visibilité.

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