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« Je suis pour élargir la base, mais pas pour la diluer » Claude Alphandéry

Impression ForumPublié le 5 mars 2019 

Figure historique de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
, Claude Alphandéry a participé à la structuration de l’insertion par l’activité économique (IAE IAE Insertion par l’activité économique ). Il décrypte les prochaines évolutions du secteur.

Quand êtes-vous tombé dans la potion de l’IAE IAE Insertion par l’activité économique  ?

Claude Alphandéry : En 1989, je présidais une société d’études de la Caisse des dépôts et consignations. Dans ce cadre, j’avais commencé à côtoyer des structures de l’IAE, comme Vitamine T dans le Nord ou le groupe Id’ees à Dijon. J’avais alors été frappé par ce qu’ils réalisaient. Comme je connaissais bien, par ailleurs, Michel Rocard, alors premier ministre, lors d’un week-end au ski, nous sous sommes retrouvés ensemble, coincés sur un télésiège qui est tombé en panne. Pendant une demi-heure, suspendus à trente mètres du sol, je lui ai raconté les structures de l’IAE. Lui venait de faire passer la création du revenu minimum d’insertion. Il se demandait comment développer le « I » d’insertion. Il m’a alors commandé un rapport sur le secteur, qui a ensuite servi au Conseil national pour l’insertion par l’activité économique pour définir tout le corpus législatif adopté au début des années 1990. Voilà comment tout ça a débuté pour moi.

Comment voyez-vous l’évolution de ce secteur que le gouvernement vient de doter d’un Conseil national de l’inclusion par l’emploi, relié au ministère du Travail ?

Claude Alphandéry : Pour sauter les années et arriver jusqu’à aujourd’hui, disons d’abord que je ne vois pas bien où nous mène French Impact (label créé par l’actuel gouvernement et censé faire changer d’échelle l’économie sociale et solidaire en lui conférant plus de visibilité – ndlr), qu’on m’a proposé de présider. Quant au Conseil national de l’inclusion par l’emploi, j’ai l’impression qu’on veut développer l’IAE en dehors de ses grands réseaux. Aucun d’eux n’en fait partie. Cela rejoint d’autres mesures d’Emmanuel Macron qui visent à diluer l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
, comme le projet de loi Pacte (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), avec les entreprises à mission. On veut créer des entreprises sociales, sans beaucoup de garantie sur leur mode de gouvernance Gouvernance Définition démocratique, ni sur la lucrativité maîtrisée.

L’IAE ne doit-elle pas se développer ?

Claude Alphandéry : Bien sûr. Je ne suis effectivement pas pour rester dans un entre-soi. Il faut élargir la base. Mais ce que propose le gouvernement, c’est de diluer. Élargir, c’est ce qu’a proposé la loi ESS de 2014 en créant les entreprises sociales d’utilité sociale, labellisant leur gouvernance démocratique et leur lucrativité limitée. Aujourd’hui, on veut pallier les baisses de financement public en ouvrant au privé hors ESS. En diminuant les caractéristiques précises de l’IAE, on veut allécher le secteur privé. Côté gouvernement, l’inflexion en faveur de l’IAE s’explique. De nombreuses voix se sont élevées depuis que le nombre de contrats aidés a été fortement diminué, à l’été 2017. Ils se sont rendu compte de leur erreur. Ils veulent rétablir les emplois aidés, mais différemment, en apportant l’aide aux entreprises d’insertion et du privé, non plus aux associations et aux collectivités locales. Les grands groupes comme les PME sont prêts à prendre des gens en contrat d’insertion sans faire leurs tous les principes de l’ESS. Sous Chirac et sous Sarkozy, il fallait se battre pour disposer de crédits publics. Mais les gouvernements de ces époques reconnaissaient quand même les contraintes des entreprises solidaires.

L’objectif du gouvernement de passer de 140 000 à 240 000 personnes en IAE est-il réalisable ?

Claude Alphandéry : Un tel changement d’échelle implique, certes, de nouer des alliances. C’est ce que font beaucoup de structures d’insertion comme le groupe SOS de Jean-Marc Borello, via des filiales communes avec des groupes privés importants. Ce n’est pas choquant, à condition que la société d’IAE ne perde pas son identité propre. Nous, au Labo de l’ESS, avions promu une autre façon de faire avec les pôles territoriaux de coopération économique, faisant coopérer des entreprises de l’ESS privées, des centres de recherche, des collectivités locales, à partir de projets économiques ancrés sur le territoire. Passer de 140 000 à 240 000 personnes ne demande pas qu’un saut quantitatif, mais aussi qualitatif, de transformation de nos territoires pour changer la vie, les modes de production et de consommation. Certains territoires ont mis en place des choses formidables pour la transition écologique, en lien avec l’alimentation durable, les services à la personne ou le recyclage. Cela implique un accompagnement des projets novateurs qui n’est que rarement pris en compte dans les financements. Ce qui a été réalisé à Grande-Synthe par Damien Carême ou à Figeac montre qu’on peut basculer vers d’autres modes économiques. Mais ces expériences plafonnent, faute de financement d’accompagnement. Tout cela implique un changement très profond des comportements par rapport à l’idéologie du marketing et de la compétitivité.

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