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[Interview] CHRISTOPHE ITIER : « l’ESS peut-être un très bon messager européen ! »

Impression ForumPublié le 9 juillet 2019 

Quelques semaines après les élections européennes et à l’occasion du Sommet international « Pact for Impact » qui se déroulera à Paris les 10 et 11 juillet prochain, Le Labo de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
a interviewé Christophe Itier, Haut-Commissaire à l’ESS et à l’innovation sociale sur sa vision des enjeux de l’ESS en Europe et dans le monde. Retrouvez aujourd’hui cette interview en exclusivité !


Propos recueillis par Michel Catinat, responsable Europe au Labo de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
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Le Labo de l’ESS  : Quelle pourrait être l’ambition de la prochaine Commission Européenne en matière d’économie sociale et d’innovation sociale ?

Christophe Itier : Les deux premiers grands enjeux qui nous font face dans les six mois à venir concernent à la fois à la Commission Européenne et le Parlement Européen. La première ambition serait d’avoir un ou une Commissaire ayant notamment la responsabilité de l’ESS de manière exclusive car aujourd’hui, l’ESS est une compétence dispersée sur plusieurs portefeuilles. Ce Commissaire serait important en termes d’affichage politique et d’efficacité pour développer une véritable stratégie européenne de l’économie sociale et solidaire. La seconde ambition, au niveau du Parlement Européen cette fois, est de reconduire un inter-groupe dédié à l’ESS. Ce sont pour moi les deux enjeux qui nous permettrons de marcher sur nos deux jambes pour que les dossiers soient portés au niveau européen.

Par ailleurs, le Comité de pilotage de la déclaration de Luxembourg [1], que j’ai l’honneur de présider cette année, demandera rapidement à rencontrer le Commissaire, si Commissaire il y a, ainsi que les députés européens de l’inter-groupe afin de travailler étroitement avec eux et pour s’assurer plus largement que l’ensemble des nouveaux députés européens soit formés à ces sujets, notamment pour ceux qui méconnaissent l’ESS. Cela nous permettra de poser les bases d’une discussion sur la stratégie européenne de l’ESS.

Enfin, il faudrait dans l’idéal qu’il y ait également un Vice-Président en charge de l’ESS. Même si je suis pour mener tous les combats, je préfère pour l’instant me concentrer sur l’essentiel : un commissaire dédié et un inter-groupe !

Le Labo de l’ESS : Quelle place la France entend-elle jouer au niveau des instances européennes pour promouvoir l’économie sociale et solidaire ? Comment comptez-vous utiliser le processus de Luxembourg que vous présidez cette année ?

C.I : Nous travaillons déjà sur la question européenne, notamment avec le Conseil Économique et Social Européen pour organiser avant la fin de l’année un événement avec les nouveaux députés européens autour de Strasbourg Capitale Européenne de l’ESS . Cet événement permettra aux eurodéputés d’entamer un travail de sensibilisation, d’appropriation et de stratégie en matière d’ESS.

Ce sera également l’occasion pour la France, de passer le flambeau de la Présidence du Comité de Pilotage de la Déclaration du Luxembourg à l’Espagne avec qui nous travaillons déjà beaucoup afin d’assurer une vraie continuité et une vraie efficacité dans ce groupe de 14 États membres que nous souhaitons également élargir afin d’accueillir d’autres pays, notamment de l’Est, qui s’intéressent beaucoup à l’ESS.

D’autre part, il faudrait que le processus d’élection de la capitale européenne soit renouvelé et amélioré avec un vrai dossier de candidature car c’est aujourd’hui un choix qui se fait à la discrétion du pays qui préside le Comité de Pilotage de la Déclaration du Luxembourg. Or je pense que cela ne pourrait qu’amplifier la visibilité de nombreuses initiatives qui émergent partout en Europe.

Cela dit, nous avons choisi Strasbourg capitale de l’ESS 2019 [2], une europôle extrêmement dynamique dont nous étions sûr de la réussite. Il fallait un choix symbolique pour montrer que la France est attachée à Strasbourg comme capitale européenne, à un moment où beaucoup remettaient en cause la place de celle-ci.

Il faut aussi dire qu’il y a un vrai momentum au niveau européen à l’heure où l’on parle de socle des droits sociaux et où le projet européen fait face à des incertitudes institutionnelles tel le Brexit.

L’Europe paraît souvent un peu éloignée, technocratique, désincarnée et froide, mais l’ESS a dans son ADN d’arrimer le citoyen de manière très concrète sur les questions d’intérêt général. Elle peut être un très bon messager européen car elle incarne l’intérêt général et des valeurs humanistes. Au travers d’elle, l’Europe pourrait se rapprocher des citoyens et des territoires. L’ESS est peut-être l’un des ingrédients qui manquent au ciment de ce projet européen, contesté ou incompris par une partie de nos concitoyens. Pour moi, l’ESS est un très bon répulsif pour lutter contre toutes les formes d’extrémisme et de populisme.

Le Labo de l’ESS : Vous organisez les 10 et 11 juillet une grande manifestation internationale « PACT for Impact » où vont être conviés tous les grands acteurs européens et mondiaux de l’ESS. Quel en est l’objectif ? Quelles retombées en attendez-vous avec quelles alliances possibles ?


C.I :
Tout d’abord il faut savoir que cette initiative de la France d’enclencher cette dynamique est issue de discussions avec d’autres États, au sein du Groupe Pilote International de l’ESS présidé par la France et réuni lors de la dernière Assemblée Générale de l’ONU, comme au sein du Comité de Pilotage de la Déclaration du Luxembourg. Il y a en effet une forte attente pour les acteurs de l’ESS comme pour les États de passer du discours aux actes en termes de plaidoyer politique mais aussi afin de développer un écosystème qui permette à cette économie de mieux grandir, notamment à l’heure où le monde de l’entreprise comprend que désormais la performance doit être globale et durable.

Il y a un momentum ! Le défi climatique ne s’exprime pas de la même manière que l’on soit à Paris, à New Dehli ou en Colombie mais tout le monde est en quête de changer le modèle. Or il ne suffira pas de réparer ou de réguler les méfaits d’une croissance économique aveugle pour sortir de la difficulté. Comme je dis souvent « on ne répondra pas aux défis d’aujourd’hui avec les recettes d’hier ». C’est pourquoi il faut bâtir de nouvelles alliances et c’est l’un des objectifs de ce Sommet qui vise à lancer une nouvelle alliance, une coalition d’acteurs, d’entreprises, d’investisseurs et d’États pour changer la donne sur le modèle économique et apporter des réponses très concrètes aux défis sociétaux actuels.

L’enjeu de ce Sommet est double : il faudra d’abord créer un plaidoyer politique qui soit porté à la fois par les États, les organisations, les acteurs de l’ESS, les entreprises pour ne plus devoir faire le choix entre l’économie, l’écologie, le social et le défi démocratique. Il faudra ensuite créer les conditions, les écosystèmes, les alliances, les synergies pour faire en sorte que ceux qui entreprennent dans cette économie puissent trouver des financements, de l’appui juridique, des partenariats…nous devons en effet pouvoir identifier ce qui marche dans certains pays, pour le transmettre à d’autres et ainsi permettre des changements d’échelle.

Évidemment, les valeurs de l’économie sociale et solidaire seront inscrites dans l’ADN de cette alliance de façon inclusive parce que pour faire des alliances, il faut à la fois porter, structurer et mieux soutenir l’ESS mais il faut également embarquer les entreprises traditionnelles pour qu’elles s’engagent dans des projets avec les entreprises de l’ESS et apportent des solutions modérées et durables.

Concrètement, « Pact for Impact » rassemblera une cinquantaine d’États, des organisations internationales, des acteurs de l’ESS, des investisseurs, et des entreprises à Paris le 10 et 11 juillet prochain pour travailler sur un certain nombre de sujets : le financement, le cadre légal, les ODD, la mesure d’impact, la technologie, les alliances avec les entreprises inclusives…ce sera le début de l’écriture d’une feuille de route que nous allons nous donner collectivement. Ensuite viendra la question de la gouvernance Gouvernance Définition et du secrétariat permanent que nous voulons légère car le but est l’efficience, l’impact en accélérant et fédérant des initiatives qui existent déjà à l’échelle de la planète.

Enfin, il faudra que cette bannière « Pact for Impact » soit un point de ralliement et qu’à chaque G7, G20 ou Sommet de l’ONU…, il y ait un événement dédié, qu’il soit thématique ou, comme ce sera le cas à Paris, transversal. Il faut que l’on imprime cette dimension dans le paysage international, le Sommet de Paris est d’ailleurs labellisé « G7 ». Si 50 délégations signent à la suite du Sommet parisien le manifeste proposé, un message sera envoyé et le premier point d’arrimage crée.


Le Labo de l’ESS : Des progrès ont été faits ces dernières années au niveau de l’ONU : quelles pourraient être les prochaines étapes ?


C.I :
Pour moi la première ambition est de faire passer une résolution sur l’ESS et l’Économie inclusive à l’Assemblée Générale de l’ONU d’ici à 2020. Ce serait un grand pas symbolique et politique !

Mais les choses bougent à l’international et pas seulement dans le cadre onusien. J’étais la semaine dernière au Sommet des Deux Rives à Marseille qui rassemble 5 pays du Nord et 5 pays du Sud du bassin méditerranéen et dans la déclaration finale, nous avons réussi à faire en sorte que soit mentionnée l’économie sociale comme l’une des réponses aux grands défis du bassin méditerranéen en termes écologique mais aussi migratoire et de résorption des inégalités. Les choses progressent donc mais il faut accélérer le mouvement car il y a urgence écologique, sociale, démographique et démocratique !


[1Réunis en décembre 2015 par la présidence européenne du Luxembourg, les représentants de six gouvernements ont adopté la Déclaration de Luxembourg, constituant une feuille de route vers la création d’un écosystème plus favorable pour les entreprises de l’économie sociale. Succédant ainsi au Luxembourg, à l’Espagne et à la Slovénie, la France souhaite élargir ce comité composé désormais de 14 Etats membres et inclure l’ESS au cœur des politiques européennes actuelles et futures en cette année cruciale pour l’Europe. Voir ici : http://www.cress-grandest.org/UserFiles/File/cp-strasbourg-capitale-ess.pdf

[2Strasbourg a été nommée capitale européenne de l’ESS pour 2019 dans le cadre de la présidence française au Comité de pilotage de la déclaration du Luxembourg.

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